Portrait du dirigeant agile

2 mars 2020 | Portraits

Les transitions organisationnelles décrites dans notre précédent article « Cherchez pas docteur… c’est la transition managériale ! » indiquent clairement que nous sommes dans une phase de transformation. La question n’est pas de savoir si les organisations doivent se repenser ou non, la question est de savoir quand et comment se repenser ! Selon Frédéric Laloux « le passage à un stade nouveau requiert le courage de lâcher les vieilles certitudes et de mettre à l’épreuve une nouvelle vision du monde ».

Portrait de ces Dirigeants avant-gardistes qui ont trouvé l’« océan bleu » de leurs organisations.

Un déclic qui fait écho à des convictions personnelles

Le Dirigeant qui a libéré son entreprise évoque un déclic, une prise de conscience liée à une situation difficile professionnelle ou personnelle. Que ce soit un plan de licenciement à mettre en place, une perte d’un proche, un accident de la vie… Tous disent « Plus jamais comme ça ! »

Si le sentiment est pleinement vécu, le pas à franchir requiert du courage. On peut dire que dans cette initiative, le Dirigeant se trouve bien souvent seul. Seul, parce que le déclic lui appartient, et seul, parce qu’il s’éloigne encore plus de son entourage en remettant en cause les repères classiques.

Dans ce passage à l’acte, le Dirigeant est en totale introspection, déchiré entre ses convictions naissantes et le courant économique traditionnel.

Mais les signaux faibles de son entourage le confortent en une impérieuse nécessité d’organiser ses équipes différemment, de leur redonner du sens, du goût au travail, de l’autonomie, de l’engagement, de la joie de vivre, etc. Et c’est probablement cette capacité d’empathie qui caractérise principalement le Dirigeant agile.

Contre vents et marées, reposer un cadre autrement

Dans cette mise en œuvre, le Dirigeant agile doit faire preuve de pugnacité et de constance. Il va en effet à l’encontre des organisations traditionnelles qui n’ont de cesse de vouloir le ramener dans le sens du courant. Il rencontre bien des remarques et bien souvent du cynisme… « tu as libéré ton entreprise ? ça ne m’étonne pas de la part d’un idéaliste comme toi !… ».

Pourtant, ce Dirigeant agile ne confond pas, lui, liberté et laisser-faire ! Libérer, c’est au contraire donner du cadre ! Si ça vous semble antinomique, essayez d’apprendre l’autonomie à un élève de maternelle sans lui donner de cadre. Il viendra vous demander une autorisation pour chaque micro-action qu’il aura à mener. Résultat, vous serez sur-sollicité et devrez décider de tout.

Alors, lorsqu’adulte, l’autonomie est acquise, pourquoi ne pas clarifier un cadre dans lequel laisser s’exprimer les talents ? nous voyons encore trop d’entreprises imposer des procédures inutiles. Lorsqu’il s’agit de sécurité ou de coordination, on en comprend l’utilité, mais lorsqu’il s’agit d’expliquer à quelqu’un comment il doit exécuter sa fonction, ça se discute sérieusement, vous ne trouvez pas ?… Se focaliser sur le « faire » n’a jamais été porteur de sens.

Le Dirigeant agile partage la raison d’être de l’entreprise

En effet, ces dernières décennies, le management a évolué du « quoi » vers le « comment » puis du « comment » vers le « pourquoi ». Aujourd’hui, nous observons nombre d’entreprises approcher le concept du « Why » de Simon Sinek.

C’est une bonne chose ! « Pour libérer le potentiel de votre entreprise, questionnez sa raison d’être » soufflent Christophe Sempels & Dominique Vian. De fait, c’est en définissant collectivement la raison d’être profonde d’une organisation que vous permettez de décloisonner la pensée des uns et des autres pour libérer créativité, innovation et autres bienfaits quantifiables en euros !

Prenons un exemple : un fabriquant de machine à café qui se positionne par son « quoi » : « je vends quoi ? des machines à café » aura beau concevoir et produire des machines d’exception, il restera un ‘fabriquant de machine à café’ dans un océan rouge1 : une concurrence accrue à laquelle faire face en mettant en place une stratégie commerciale agressive et coûteuse, en envisageant certainement à terme une réduction d’effectif en vue d’une sauvegarde de la compétitivité… cercle vicieux !

A contrario, un fabriquant de machine à café qui se positionne par sa raison d’être ou son « pourquoi » : « je vends pourquoi ? pour apporter de la convivialité autour d’un distributeur de boissons chaudes ». Celui-ci engagera la réflexion et la créativité de ses collaborateurs jusque dans son positionnement marché : « pourquoi pas du thé ? » « pourquoi pas créer une ambiance ? »… L’entreprise s’offre l’opportunité de se recréer un océan bleu.

Il y a de nombreux bénéfices secondaires à cette approche : le Service Client est toujours au top puisque tout le monde se sent concerné, les Collaborateurs viennent travailler avec plaisir puisqu’ils trouvent du sens et de l’engagement, moins d’absentéisme, plus de développement, la performance financière de l’entreprise s’envole…

Convaincu par cette nouvelle approche ?

On se projette en effet assez bien dans le rôle d’un Dirigeant agile qui a clarifié son intention et qui vit en accord avec ses valeurs et ses convictions.

On imagine d’ailleurs parfaitement mettre en place les conditions pour que chaque contributeur de l’organisation vive dans un écosystème respecté.

On se voit bien être à l’écoute du futur émergent et du vivant en général, être enfin en congruence avec soi-même. Qu’est-ce que ça fait du bien !

Alors comptons sur nos convictions et ressources intérieures plutôt que sur un déclic extérieur.